Au début nous sommes maladroits, autant pour aller chercher de l’amitié que pour accepter celle qu’on vient nous offrir. Nous ne savons pas très bien nous y prendre et doutons du résultat de nos démarches. Et il y a cette crainte accumulée, alourdie du poids des années, qui nous paralyse. C’est pourquoi, lorsque nous commençons à nous sentir seuls, peu importe que nous le soyons physiquement ou non, nous pouvons facilement être influencés par nos vieilles habitudes et rechercher le baume de l’alcool. De temps à autre, certains ont même le goût de tout abandonner et de retournée à leur détresse passée. Au moins, cette situation nous est familière et n’exigerait pas de nous beaucoup d’efforts pour retrouver toute notre compétence de buveurs professionnels.
jeudi 15 janvier 2015
mercredi 14 janvier 2015
Littérature - "Vivre sans alcool"
Bien au contraire, puisque depuis des décades le nombre de gens qui trouvent l’abstinence chez les AA s’accroît chaque année, nous devons nous rendre à l’évidence incontestable que notre rétablissement de la solitude de l’alcoolisme peut être authentique et permanent. Par contre, ce n’est pas du jour au lendemain qu’on peut surmonter certaines habitudes de méfiance et autres mécanismes de défense profondément ancrés en nous depuis plusieurs années. Nous sommes devenus absolument conditionnés à penser et à agir comme des incompris et des malaimés, que nous l’ayons réellement été ou non. Nous sommes habitués à nous comporter en solitaires. Ainsi, après avoir cessé de boire, il nous faut parfois y mettre un peu de temps et de patience pour nous défaire de cette solitude coutumière. Même si nous commençons à croire que nous ne sommes plus seuls, il nous arrivera encore de nous comporter et de penser selon nous vieilles habitudes.
mardi 13 janvier 2015
Littérature - "Vivre sans alcool"
Nous avons abrité notre égocentrisme craintif sous une coquille fragile, qui s’est fissurée sous l’effet de l’honnêteté d’autres alcooliques rétablis .Nous avons eu conscience, avant même de pouvoir l’exprimer, d’avoir trouvé un refuge et de voir notre solitude se dissiper rapidement. Le mot soulagement n’est pas suffisant pour traduire notre première réaction. Il s’y mêle aussi de l’émerveillement et presqu’une certaine appréhension. Serait-ce trop beau pour être vrai ? Et pour durer ? Après quelques années de sobriété, les membres peuvent certifier à tout néophyte assistant à une réunion des AA que c’est bien la réalité, tout à fait authentique, et qui continue. Il ne s’agit tout simplement pas d’un de ces faux départs comme nous en avons trop souvent connus. Il ne s’agit pas seulement d’une autre explosion de joie, suivi d’un cruel désappointement.
dimanche 11 janvier 2015
Littérature - Vivre sans alcool
Mais une fois l’effet de l’alcool dissipé, nous nous retrouvions encore plus isolés, plus rejetés, plus « différents » que jamais, et profondément tristes. Si nous ressentions de la culpabilité ou de la honte, soit de notre ébriété même, ou de ses effets, notre sentiment d’isolement s’en trouvait accentué. A certains moments et à cause de notre conduite, nous en venions à craindre en secret ou même à croire que nous méritions cet ostracisme. Nous nous disions en nous-mêmes : « Se pourrait-il que je sois un intrus ? » (Tels sont peut-être vos propres sentiments lorsque vous évoquez votre dernière cuite ou son pénible lendemain.) La route déserte qui s’étendait devant nous paraissait morne, sombre et interminable. Il était si douloureux d’en parler, même d’y penser, que nous nous empressions de retourner boire.
Littérature - Vivre sans alcool
14 SE PROTEGER DE LA SOLITUDE On décrit l’alcoolisme comme « la maladie de la solitude » et peu d’alcooliques rétablis contestent cette opinion. En évoquant les derniers mois ou les dernières années de notre alcoolisme, des centaines de milliers d’entre nous se rappellent les sentiments d’isolement qu’ils éprouvaient, même au milieu de joyeux fêtards. Nous entretenions souvent un profond sentiment de non appartenance au moment même où nous nous comportions en êtres chaleureux et sociables. Plusieurs ont dit qu’ils avaient commencé à boire pour « faire partie de la bande ». Ils avaient l’impression qu’il leur fallait boire pour « s’intégrer », pour sentie qu’ils appartenaient au genre humain. Il est visible toutefois qu’en buvant de l’alcool, nous poursuivions un objectif égocentrique : autrement dit, c’est bien dans notre propre corps que nous déversions cet alcool et que l’effet s’en répandait. Parfois, il nous rendait temporairement plus sociable ou calmait notre sentiment d’isolement.
vendredi 9 janvier 2015
Littérature - Vivre sans alcool
Une fois abstinents, nous avons fait appel à ce même slogan pour ordonner nos nouveaux temps libres. Nous essayions d’établir notre programme d’activités quotidiennes sans jamais cependant le surcharger, en tenant compte de l’importance de nos tâches. Comme autre objectif « primordial », nous avons mis en tête de liste notre état général de santé, sachant que le surmenage ou la malnutrition pourrait être dangereux ? Durant notre alcoolisme actif, nous avons vécu de façon plutôt déréglée et souvent dans une confusion telle que nous nous sentions instables, voire même désespérés. Nous avons découvert qu’il est plus facile de ne pas boire en mettant de l’ordre dans notre vie quotidienne, sans pour cela cesser d’être réalistes et tout en conservant une certaine souplesse. Le rythme du mode de vie que nous avons adopté nous procure de l’apaisement et une certaine discipline fondée sur le sage principe résumé dans notre slogan : « l’important d’abord ».
jeudi 8 janvier 2015
Littérature - Vivre sans alcool
Remarquons que l’indécision n’est pas le lot exclusif des alcooliques en rétablissement, mais nous en sommes peut-être plus affectés que d’autres. La maîtresse de maison, abstinente depuis peu, se demande à quelles tâches de nettoyage elle doit donner priorité ? L’homme d’affaire hésite entre retourner ses appels téléphoniques ou dicter certaines lettres. Dans plusieurs domaines de notre vie, nous voulions rattraper le temps perdu au détriment de certaines tâches et obligations. Evidemment, nous ne pouvions tout entreprendre à la fois. Alors, « l’important d’abord » nous a secourus. Si l’alcool se trouvait impliqué dans un des choix à faire, cette décision méritait priorité. Sans l’abstinence, nous savions qu’il n’était pas question de nettoyage, d’appels téléphoniques ni de correspondance.